Une rue, une histoire.

rue caruel

Rue Caruel de Saint-Martin

Les Caruel, c’est une famille de Normands installés au Chesnay sous Napoléon.

Il est rare qu’une rue rende hommage à deux personnes, encore moins à deux maires ! C’est pourtant le cas de la rue Caruel de Saint Martin. Car derrière Caruel de Saint Martin, on retrouve Jean-Baptiste Caruel de Saint Martin, le père, maire du Chesnay de 1813 à 1821. Et Paul, le fils, maire de notre ville de 1848 à 1869. Les Caruel sont une vieille famille aisée de Normandie. Et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont une belle longévité, traversant sans mal les changements de régime du XIXe siècle !

Si Jean-Baptiste nait en 1757, il n’en est pas pour autant un homme de l’Ancien Régime. Avocat au Parlement jusqu’à la Révolution, cette dernière va faire sa fortune ! En 1791, la Convention décide en effet de supprimer la ferme des tabacs, monopole d’Ancien Régime sur la production et la commercialisation du tabac. Associé à son oncle et son cousin Robillard, Jean-Baptiste décide alors de se lancer dans ce secteur nouvellement libéralisé et va connaitre un grand succès.
Ses associés et lui ont en effet l’idée astucieuse de racheter en 1800 l’Hôtel de Longueville, siège de l’ancienne ferme des tabacs, et tout le mobilier qui s’y trouve. Ils en seront d’ailleurs délogés en 1806 par un décret impérial, Napoléon ayant décidé de démolir l’Hôtel pour y construire un arc de triomphe dit du Carrousel du Louvre. L’Hôtel de Longueville a en effet le malheur de se situer dans ce qui est aujourd’hui la Cour du Louvre. Ils installent alors leur manufacture alors dans l’Hôtel d’Augny, qui donnera son nom au tabac qu’ils commercialisent.
Une deuxième raison du succès de Jean-Baptiste Caruel tient au contexte… Les années les plus bénéficiaires de la manufacture sont systématiquement liées aux campagnes révolutionnaires puis impériales. Le tabac de Robillard, Caruel et associés se vend bien aux armées…
La fortune de Jean-Baptiste Caruel fait de lui un des hommes les plus riches du nouvel Empire et c’est tout naturellement que Napoléon fait appel à lui comme actionnaire de la nouvelle Banque de France. Il rejoint ainsi le groupe très fermé des « 200 familles » qui comptent dans la vie économique française. Il multiplie alors les acquisitions immobilières à Paris (Hôtels d’Ozombray et de Livry) et en Seine-et-Oise : château de Launay à Villiers-le-Mahieu, ferme de Favreuse à Bièvres, et surtout château du Grand Chesnay dans notre ville en 1802 ! L’une de ses premières actions sera de raser l’ancienne église Saint Germain qui tombe en ruine depuis la Révolution, et de la faire rebâtir hors du parc du château : c’est ainsi que l’église actuelle voit le jour en 1805 !
Il est nommé maire de notre ville par décret impérial en 1813. Entre temps, il s’est marié, à l’âge de 50 ans, avec une jeune femme de 28 ans sa cadette : Alexandrine-Modeste de Saint-Martin, aristocrate créole et petite-fille d’un ancien gouverneur de l’Île-Bourbon.
En 1818, alors que l’Empire appartient définitivement au passé et que la Restauration se plait à raviver les souvenirs de l’ancienne féodalité, Jean-Baptiste est autorisé à accoler le nom de sa femme au sien. Il se fera désormais appeler Jean-Baptiste Caruel de Saint Martin, jusqu’à sa mort 29 ans plus tard, en 1847. Précisons enfin que Jean-Baptiste est un oncle du peintre Théodore Géricault, qu’il hébergera d’ailleurs un temps au Chesnay.

Paul Caruel de Saint Martin n’est pas entrepreneur comme son père. Polyglotte, il parle couramment l’anglais, l’allemand, l’arabe, le persan et l’hindoustani. Jusqu’en 1847, il vit toutefois dans l’ombre de son père. Héritier de son immense fortune, il se fait élire un an plus tard successivement maire du Chesnay et conseiller général de la Seine-et-Oise. En 1852, il est élu député et siège dans la majorité dynastique. Il est réélu lors des législatives de 1857 et 1863… L’appui du Ministère de l’Intérieur aux candidats officiels (ceux qui soutiennent le régime) n’y est pas pour rien. D’autant plus qu’en 1857, Paul, âgé de 48 ans, épouse la fille du Préfet de Seine-et-Oise...
En 1869, toutefois, Paul ne se représente pas. A-t-il senti le vent tourner ? Lors de ces législatives, les bonapartistes progressistes et républicains remportent la majorité. Et c’est Barthélémy Saint-Hilaire, son ancien concurrent républicain, qui est élu.
La même année, Paul Caruel de Saint Martin quitte la mairie du Chesnay après 21 années passées à sa tête. C’est sous son administration que la nouvelle mairie est installée au 1, place Dutartre.

Signalons enfin que Paul Caruel de Saint Martin est le premier président, entre 1854 et 1874, des « Ménages Prévoyants », la première mutuelle de France fondée à Versailles. Il s’éteint en 1889 à Paris, ayant traversé six régimes et servi deux d’entre eux